Alors, cette Fête des membres ?
Mon cher, ce n’était pas une fête, c’était une entreprise de démoralisation pour les gens tristes. Du soleil, du swing, des verres bien sentis, des sourires à tous les étages… On avait réuni tout ce qu’il faut pour rendre l’humeur légère et les retours à la maison un peu mélancoliques.
Et cette Ryder Cup de la Bégude ?
Une affaire sérieuse, bien sûr, mais avec ce qu’il faut de fantaisie pour que les gens restent fréquentables. Des simples pour les premières séries, des greensomes pour les 2e et 3e, des index mélangés, des stratèges réveillés, et même quelques joueurs qui ont découvert des coins du parcours qu’ils n’avaient manifestement jamais vus, pas toujours pour des raisons touristiques. Quant aux couples, on en a séparé certains avec une fermeté presque administrative, pour favoriser l’ouverture d’esprit et la paix des ménages. Et puis il y a eu ces alliances improbables qu’on n’aurait pas osé proposer à jeun. Bref, du golf, oui, mais avec du relief.
J’ai entendu dire que les voiturettes faisaient des heureux.
Des heureux ? Elles ont surtout évité quelques drames esthétiques. Avec les premières fortes chaleurs, certains commençaient à négocier leur dignité trou par trou. Alors les voiturettes rafraîchissantes ont été reçues comme des apparitions mariales, et les boissons, qui désaltèrent et parfois altèrent, ont remis du liant dans les organismes, occasionnellement au détriment d’une précision déjà fragile.
Quant au braséro du 9-10, il a fait un bien fou : on y a vu des joueurs reprendre des couleurs, du courage, et parfois un appétit qu’on croyait perdu depuis le swing du départ.
Et le viticulteur, il a tenu la distance ?
Il a tenu la distance, le niveau, et probablement une partie de la convivialité générale. Les cuvées étaient sérieuses, les amateurs appliqués, et les swings, sans devenir plus droits, paraissaient au moins mieux accompagnés.
À côté, au stand du SPA, la roue de la fortune de nos spécialistes du réconfort promettaient du bien-être musculo-olfacto-sensoriel avec un professionnalisme si tentant qu’on aurait bien troqué le parcours de golf contre un parcours de soins.
Dans ce genre d’atmosphère, même les gens noués commencent à croire en l’avenir.
Et Matthieu dans tout ça ?
Matthieu ? Il avait endossé le costume de monsieur Loyal avec un naturel presque inquiétant. Et puis il a sorti la marchandise : fade, draw, en gaucher, en aveugle… Chez lui, tout arrivait sur commande.
Chez beaucoup d’autres, les mêmes effets existent aussi, mais ils relèvent davantage de l’accident industriel que de la démonstration. Forcément, ça impose un certain respect. Et ça donne même à quelques-uns l’idée dangereuse qu’avec un peu d’entraînement, ils pourraient un jour viser autre chose que la survie élégante.
Et le soir venu ?
Ah, le soir venu, on a changé de registre sans perdre le sens du spectacle. Près de 200 personnes en blanc et rouge, arborant le triangle carmin comme un signe de ralliement, et tout à coup le rouge prenait le pouvoir.
Quand Valérie Jarlaud, capitaine des rouges, a levé la coupe, la scène avait quelque chose d’imparable : la couleur de l’équipe gagnante était partout. Portée par tous ou presque, elle avait fini par annexer la soirée entière. Visuellement, il n’y avait plus de perdants, seulement du rouge, du gagnant, du rassemblement, et cette élégance un peu insolente qu’ont parfois les fêtes quand elles tombent juste.
Et après ?
Après, mon ami, on a servi la paëlla, fait parler les verres, lancé le flamenco et, à la tombée de la nuit, nous avons eu droit à un spectacle de danse avec torches et cracheurs de feu. De quoi donner à la soirée ce supplément d’allure qu’on n’obtient pas avec trois ampoules et une sono fatiguée.
Les danseurs se sont élancés, les conversations ont pris du coffre, et les résidents de l’après-midi, qui s’étaient préparés entre piscine, Mölkky, boulodrome et exercices appliqués de lever de coude, étaient déjà parfaitement en jambe.
À ce stade, la soirée ne demandait plus qu’une chose : durer plus longtemps que la sagesse.
En résumé ?
En somme, une journée admirablement menée :
assez de sport pour donner bonne conscience,
assez de fête pour donner envie de recommencer,
et assez d’esprit pour qu’on en parle encore avec le sourire.
Ce qui, entre nous, est une forme de réussite que les classements ne mesurent jamais très bien.
Et puisqu’une pareille journée ne se fabrique pas toute seule, il faut saluer comme il se doit Hugo, Charlotte, Isabelle, Loris, les partenaires, et tous ceux qui ont œuvré, de près ou de loin, pour faire de cette belle fête un moment aussi réussi que chaleureux.